Dominique Deblaine Bannzil littéraire
Dominique Deblaine                   Bannzil littéraire

française guadeloupe

Véty

Nouvelle parue dans la revue Riveneuve Continents n°12, Vietnam, le destin, Paris, 2010.

 

Extrait
Je suis restée deux ans chez Tatie pour aller à l’école, mais en vrai, j’ai fait que balayer, nettoyer, astiquer, lessiver, éplucher, manger des restes et dormir dans la solitude. J’ai rien fait d’autre que travailler-travailler, porter des charges plus lourdes que moi, la course, la course. À cause de ça, mes mains ressemblent à des épluchures. Deux ans et puis maman est venue me chercher. Elle a fait un scandale sans nom. J’ai pas tout compris, sauf que Tatie était une tatie que dans la tête de maman, que j’étais pas sa parente, juste une Restavek. Je me levais encore plus tôt qu’à la maison. À trois heures du matin, je lessivais déjà, cuisinais, nettoyais, et puis après j’allais sur le marché vendre des pacotilles que la sœur de Tatie, madame Sara, ramenait de ses voyages. J’avais pas droit d’aller à l’école, même juste l’après-midi, pourtant je voyais d’autres fillettes qui y allaient. Et moi, jamais. Moi aussi, j’aurais aimé avoir un bel uniforme et de beaux rubans dans les cheveux, aller apprendre à l’école, et puis me reposer un petit peu aussi, mais j’ai pas de belles nattes carapatées, je suis plus vilaine que les chiens maigres et pelés qui aboient toute la nuit. Maman voulait que quelqu’un s’occupe de moi, vraiment, prenne soin de moi, mais Tatie voulait pas vraiment de moi. Je crois que je suis comme le caca du Bondieu. J’existe pas. Je sais pas pourquoi, mais mes prières donnent rien de bon, le Bondieu répond même pas aux tous petits riens que je lui demande. Au contraire, il prend goût à nous faire souffrir.