Dominique Deblaine Bannzil littéraire
Dominique Deblaine                   Bannzil littéraire

Dernière parution

Le Raconteur   Récit poétique (racontage), juillet 2014
 

 

 

 

 

 

 

 

Sélection finale Prix Carbet 2015

 

Sélection finale Prix AEC 2015

(Association des Écrivains de la Caraïbe)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chronique de Dan Burcea "Eloge de la nitescence"

Publiée sur le site Salon Littéraire 30 nov. 2014

http://salon-litteraire.com/fr/dominique-deblaine/review/1911775-eloge-de-la-nitescence-le-raconteur-de-dominique-deblaine

Eloge_de_la_nitescence_Chronique_de_Dan_[...]
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Chronique d'Isabelle Constant

Recension dans NEF (Nouvelles Etudes Francophones) Vol. 1, Printemps 2015. Project MUSE

https://muse.jhu.edu/article/592478/pdf

Recension Isabelle Constant in NEF.pdf
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4° de couverture, établie par Rafaël Lucas

Notre raconteur est un être minimum, un modèle d’insignifiance, qui observe une microsociété antillaise vivotant dans l’Impasse Bellenvent, la bien nommée. C’est un être de vision, d’audition, d’olfaction et de mémoire. Tantôt « submergé par l’odeur des rêves », tantôt paralysé par une nausée existentielle, il va et vient, furtivement, entre rêveries et observation, entre chronique et méditation, entre réflexion et racontage. Que raconte-t-il donc ? Des histoires de couples enlacés dans un tango de ratages, « trop peureux pour être heureux », des personnages pataugeant dans le bourbier de leurs pulsions et sensations, mais aussi des combats et des éblouissements. Comment oublier l’histoire du vélo suspendu, la disparition du Dr. Patch et la lutte de Zyé Kléré (les yeux ouverts) ?


Ici, comme chez le Martiniquais Xavier Orville, l’insolite côtoie l’analyse au sein d’une vision révélatrice. Dominique Deblaine révèle le va-et-vient entre le carnaval des apparences et la vérité des sentiments mais aussi les beautés d’une société saisie dans sa complexité.

 1° extrait (début du livre)

Ils m’attendent tous les soirs, à la même heure, me pourchassent, armes à bout de bras ou armes entre les dents, mais je reviens tous les soirs. Je passe comme une ombre, furtivement. Je ne faiblis pas. Je calme simplement mon souffle, calcule ma foulée et assure mes pas dans l’impasse de ceux qui, simples mortels, n’en reviendront pas. Et pourtant, ils chantent, ils chantent, les habitants de l’Impasse Bellenvent… parfois comme des enragés de messe, parfois comme on fait son lit, par habitude, parce qu’il faut bien, parce qu’on ne peut pas faire autrement. Une vie, ça dépend comment on la chante ou comment on la raconte, parfois flèche de canne comme une splendeur, parfois crabe en déroute comme une solitude et parfois encore mer étale comme une mémoire lactescente. Ça dépend comment on l’arrime aux souvenirs, tantôt plaisirs perdus et parfums insolites, tantôt nasse repue tirée des fonds, tantôt laminaires rebelles ou vaincues. Mais c’est toujours un rythme glapissant des bords marins, un roulis d’écume.

 

2° extrait (p.101-102)

Si j’oscille parfois encore entre colère et joie, espérance folle et abattement démesuré, si je regarde le monde avec stupéfaction, comme un cheval fou, comme un âne bâté maladroit, ce matin, je me laisse emporter par la majesté du paysage, par cette extravagance brodée. Je me sens comme un dévoreur de vie, un qui dit : « Place ! », car je crois que tout est possible puisqu’on n’a jamais vu un seul jour se lever sans amoureux dont les voix, mêlant des vocalises plurielles, s’enroulent autour des tailles. Et peu importe si tout cela n’est qu’illusion, je me dis qu’il faut la confiance et la défiance, l’orgueil et la sagesse, la tendresse et la violence dans les jours un peu fous, comme il faut connaître la pluie pour mesurer son absence.

 

3° extrait (p.124-125)

Je suis d’ici, mais d’ici j’entends aussi l’ailleurs aborder les rivages de mon île, affouiller les côtes et battre les mornes. J’écoute sa rumeur faseyer sur mon petit bout de terre et répandre des curiosités engageant des débats à n’en plus finir. On parle de girouette et de vent, d’arbres pourris, du faible qui reçoit toujours les coups de pieds, du pain noir qui remplace trop vite le pain blanc, de la main que l’on donne et qui ne suffit jamais, de la différence entre amour et flatterie, etc., etc. Mais à la fin, pour certains, c’est toujours la même rengaine, comparable à un dépit, le chien aboie, la caravane passe ; pour d’autres, vouloir n’est pas pouvoir, et pour d’autres encore, le coq vaillant a beau avoir les yeux crevés, il continue le combat. Mais, pour la plupart, si les puces existent, il y a aussi les ongles pour les écraser ; et puis, ils disent aussi qu’avec un peu de patience on voit les mamelles d’une fourmi et que le temps de vivre n’est pas plus long que celui d’un orage… alors… Vat ! Ici et ailleurs, les hautes herbes folles envahissent toujours les chemins, les gués ne sont praticables qu’à certaines heures du jour, les branches tombent trop bas, mais les grands gosiers, ces oiseaux gloutons aux ventres lourds s’envolent toutefois, les tortues alertes en mer se risquent pesamment sur le sable pour vivre et revivre, et le monde demeure avec ses couleurs chatoyantes, mordorées et parfois ternes aussi.